Seule avec lui, elle le harcelait de tendres critiques, mais avec les étrangers ou avec son père, elle faisait son éloge.
Si nous effaçons M. Forestier, c'est qu'il s'effaçait lui-même. Jeune, il souffrit d'un démon analogue au démon qui tourmente Jacques. Il l'avait maté par l'étude et le mariage. Mais un démon se mate difficilement. Cette nature droite s'atrophia. Elle se sentait toute de travers. Or, M. Forestier devinait les troubles de Jacques, il les reconnaissait, il se décourageait comme une victime du sarcome qui, ayant guéri son mal à l'épaule, le voit réapparaître au genou.
—Alors, Jacques, dit sa mère, tu te portes bien?
—Oui, maman.
—Tu travailles?
—Oui, maman.
—Tes camarades?
—Quelconques. Un Arabe, un Anglais et deux gamins.
—Tu devrais profiter de vivre avec un Anglais pour apprendre sa langue.
Cette phrase emportait Jacques si loin de la réalité qu'il ne répondit pas. D'habitude heureux d'accompagner sa mère dans ses courses, il lui semblait que ce temps passé ensemble était du temps perdu.