[IV]
—Mais laisse donc, Loute, disait Germaine à sa sœur. Nestor ne s'apercevra de rien. Il faut que tu nous présentes Jacques comme un ami de ton peintre, (car le richomme savait son frère trompé, ce qui divertissait son égoïsme)—Il adore être de la confidence, et nous courrons moins de risques.
Osiris était prodigieusement crédule. Sa maîtresse flattait cette sécurité en le mettant du complot contre Lazare.
Une des premières nuits que Nestor dormait étendu auprès d'elle, un jeune comédien qu'elle aimait sonna, par suite d'une erreur de dates.
—Cache-toi, dit-elle à Osiris, c'est mon vieux.
Osiris se leva, ramassa ses affaires, entra dans un placard de robes, y étouffa, tandis que Germaine recevait le jeune homme, et sortit, bouffi d'orgueil.
Leur liaison datait de ce coup de maître. N'en concluez pas que cette fille fût basse. Elle se défendait. Elle agissait sans calcul.
Toutes jeunes, sa sœur et elle rêvaient du Palais de Glace qu'elles s'imaginaient être un palais de miroirs. Elles y entrèrent un dimanche et en sortirent suivies d'une escorte d'hommes élégants. Un d'eux débaucha Germaine.
Lorsqu'il la quitta, elle se plaça chez une modiste de Montmartre. Cette modiste lui dit un jour: «Ma petite, on va me saisir après-demain. Garde la boutique, je décampe.» Elle emportait ses perles et son linge.
Germaine resta, mit à la vitrine une pancarte annonçant que les chapeaux de deux cents francs se vendaient vingt cinq, les écoula en une matinée, les remplaça en montre par des chapeaux défraîchis trouvés dans la cave, loua une charrette avec la somme, transporta les chaises, la table et la psyché de la boutique dans la chambre qui lui appartenait encore et laissa l'huissier prendre le reste.