Elle avait le démon de la rue. Elle n'en ressentait aucune honte.

Dînant avec Loute, Nestor et Lazare dans un restaurant à la mode, elle renversa du vin. Le maître d'hôtel se précipita et déroula une toile cirée sur la tache en attendant une nappe. Cette toile éveillait un souvenir analogue chez les sœurs. Elles échangèrent un coup d'œil. Loute rougit, mais Germaine s'écria:

—Oh! cette toile cirée! Je retrouve Belleville, la lampe, la soupe et le père Râteau.

Leur nom réel était Râteau. Depuis Nestor, le père et la mère Râteau n'étaient pas à plaindre. Ils possédaient une ferme charmante aux environs de Paris.

Ces sœurs, la ferme Râteau, les Osiris, Jacques, sa famille, son rêve, forment un mélange explosif. Pourtant, la destinée le compose. Elle aime manier les hommes chimiquement.

Si les désirs de Jacques se cristallisaient et si nous approchions leur multitude comme nous approchons Germaine, le résultat serait-il plus avouable?

Narcisse s'aima. Pour ce crime les dieux le changèrent en fleur. Cette fleur donne la migraine et son oignon ne fait même pas pleurer. Méritait-il d'autres larmes?

L'histoire de notre Narcisse est plus complexe. Il aimait les eaux du fleuve. Mais les fleuves coulent sans se soucier des baigneurs, des arbres qu'ils reflètent. Leur désir est la mer. Ils la baisent au terme d'un voyage perpétuel et s'y enfoncent voluptueusement.

Jacques sentait toujours la beauté humaine avoir, comme les fleuves, un lit et un but. Elle passait, elle allait ailleurs. Un navire lève l'ancre, un rideau de music-hall tombe, la famille Ybreo retourne à ses dieux.

Il se rappelait Idgi lui disant, pendant un match de tennis, qu'il ressemblait à Séti Ier. C'était le seul regard de fleuve dont il se souvînt.