Germaine quitte la table et le suit comme une esclave.

Jacques regarde la piste. Elle 's'allonge et se courbe dans des miroirs déformants. La musique aussi change comme quand on s'amuse à écouter un orchestre en se bouchant et se débouchant les oreilles. Il voit Peter et Germaine, moines du Gréco. Ils s'étirent, ils verdissent, ils montent au ciel, pâmés, foudroyés par les lampes au mercure. Ensuite ils roulent loin, très loin: une Germaine large, nabote; Stopwell devenu un fauteuil Louis-Philippe qui lancerait ses pieds à droite et à gauche. Le bar tangue. Louise approche le visage flou des films artistiques. Elle remue la bouche et Jacques n'entend aucune parole.

Il n'est plus richement emboîté par la personne de Germaine. Il sent ses os, ses côtes, ses cheveux jaunes, ses dents en pointe, ses taches de rousseur, tout ce qu'il déteste et qu'il ne constatait plus.

Sous les projecteurs de la valse qui l'étrangle, Germaine et Stopwell passent d'un bout du ring à l'autre, sur une jambe, les mains jointes, dans la pose de l'aurige. Stopwell bombe le torse. Il se croit Achille. Une seconde Jacques le trouve absurde et pense naïvement que Germaine va s'en apercevoir, fuir, revenir seule, avouer que c'était une farce.

Louise n'est pas méchante, mais elle est femme. Elle se souvient. Elle contemple complaisamment la victime.

Mahieddine arrive. Louise cligne de l'œil, abaisse les coins de la bouche et désigne du menton le couple qui valse.

Mahieddine répond à ces grimaces explicatives par une autre qui consiste à avancer la lèvre inférieure et à incliner la tête en ouvrant des yeux énormes.

La tête coupée de Jacques roule sur sa poitrine.

—Rentre-le, dit Louise à son amant. Il va tourner de l'œil.

Jacques refuse. Il n'est pas de ceux qui partent. Il est de la race maudite qui reste, qui boit la dernière goutte.