À quoi devait-il de vivre? À un filou. Encore une fois, mais à rebours, le sauvait sa moitié d'ombre. Le barman lui ayant vendu un mélange assez inoffensif.

[X]

La convalescence fut longue, car le sang empoisonné lui donna la jaunisse. Après la jaunisse se déclarèrent à la jambe gauche les symptômes d'une névrite qui se dissipa. Il en aimait les blessures aiguës qui seules distraient d'une idée fixe et que la médecine nomme exquises, les admirant à l'égal d'une enluminure de missel.

Malgré la disparition décente du champion de saut, la rue de l'Estrapade augmentait son épuisement.

Enfin, comme il devenait transportable, sa mère qui habitait l'hôtel et le veillait depuis trente jours, assistée de Petitcopain, l'emporta en Touraine.

C'est là que, désintoxiqué du poison et des remèdes, Jacques se réveille une après-midi de février.

Le papier qui couvre sa chambre représente une vieille chasse à courre. Les braises sont intenses, fourrées, zébrées, félines de loin, et terribles si on approche, comme une figure de tigre. Sa mère tricote près de la chaise-longue.

Jacques prolonge l'engourdissement. Il feint de sommeiller encore. Il empêche ses souvenirs d'enfance de gêner ses souvenirs nouveaux.

Il pousse interminablement, maladroitement, des pièces d'échecs: Germaine, Stopwell, Osiris, Jacques Forestier. Il corrige ses fautes, combine des coups impossibles.

Ce jeu l'éreinte et lui gâche ses petites forces de convalescent. Après quelques secondes, l'échiquier se brouille; Osiris, Stopwell, Germaine l'entourent. Il est battu, toujours battu.