Le journaliste se suicida. La danseuse aimait Jacques. Il ne s'en était pas aperçu et ne l'apprit que des années après, par une tierce personne.
Cet épisode lui donna un dégoût pour la poésie du paludisme. Il emportait encore d'une promenade au jardin Eaden une fièvre intermittente qui lui rappelait désagréablement son séjour.
Mme Forestier craignait les rhumes, les bronchites, les accidents de voiture. Elle ne distinguait pas les dangers courus par l'esprit. Elle laissait Jacques jouer avec eux.
Venise avait déçu Jacques comme un décor gondolé à force de servir, car chaque artiste le dresse au moins pour un acte de sa vie.
Dans les musées, après deux heures de marche et d'attention, la splendeur lui tombait à cheval sur les épaules.
Meurtri de fatigue, de crampes, il sortait, descendait les marches, regardait le palazzo Dario saluer les loges d'en face comme une vieille cantatrice, et rentrait à l'hôtel. Il admirait la force des couples qui visitent Venise avec une activité d'insectes. Ceux qui la savent par cœur et déjà ont plongé cent fois leur trompe dans les pollens d'or de Saint-Marc y pilotent leurs nouvelles amours. Ce rôle de cicerone les rajeunit. La seule halte consiste à s'asseoir dans une boutique, où l'objet aimé achète des bijoux de verre, des volumes de Wilde et Annunzio.
Comme nous, qui revenons sur elle, Jacques, aidé de sa petite fièvre, se montait l'esprit contre cette ravissante maison close où les âmes d'élite viennent s'assouvir.
Notre insistance même prouve combien il subissait un charme que repoussait sa moitié d'ombre.
Moitié ombre, moitié lumière: c'est l'éclairage des planètes. Une moitié du monde repose, l'autre travaille. Mais, de toute cette moitié qui songe, émane une force mystérieuse.
Chez l'homme, il arrive que cette moitié de sommeil contredise sa moitié active. La véritable nature y parle. Si la leçon profite, que l'homme écoute et mette de l'ordre dans sa moitié de lumière, la moitié d'ombre deviendra dangereuse. Son rôle changera. Elle enverra des miasmes. Nous errons acques aux prises avec cette nuit du corps humain.