Évidemment, j'aime mieux la mer que la montagne. La vraie montagne m'impose des formes toutes faites. Elle me conseille. Elle me limite. Elle donne à mon esprit un moule dont il a toute la peine du monde à sortir. La mer ne me force en rien. Elle ne m'enferme pas. Sa masse est sans opinion. C'est un dictionnaire; ce n'est pas un choix, un monument.

Montagnes, je m'incline en face de votre majesté comme en face d'œuvres que je respecte mais où je ne séjourne pas.

Ne demandez pas que je m'incline en face de fausses montagnes. Montagnes, fausses montagnes, tout est bon pour le public qui aime le sublime. La quantité l'étonne. Hélas! il se contente de peu. Pauvres touristes! Puy-de-Dôme ou sierras. Le guide annonce la montagne. Il s'émerveille, le guide à la main. Il y a aussi des gens qui, pensant aux chameaux, disent: Le désert est montagneux.

Nous n'avons pas ici pour but de nous plaindre et de constater combien la masse, wagnérienne, même si elle ignore Wagner ou le repousse, aime ce qui chatouille vite ses cordes sensibles. Wagner encore, c'est un magicien qui distribue des poisons uniques. On peut avoir des doutes sur les excroissances d'un infirme pareil. Même un ange, son ombre est celle d'un bossu.

Mais que dire d'un Rodin, par exemple, dont l'œuvre ne fut jamais une maison construite du haut en bas et où l'esprit puisse habiter définitivement, mais un morceau d'escalier, un bout de balcon, un fragment de porte?

Voici le type célèbre, consacré par le guide officiel, de la bosse prise pour une montagne: Michel-Ange, Delacroix, Gœthe, Hugo, Shakespeare, Balzac, sont pays montagneux.

À chaque époque, les bosses cachent toujours tout. Derrière les bosses, les gens ne distinguent quoi que ce soit. Rien ne les étonne, ne les vexe plus que de voir que nous n'en tenons jamais compte, que nous saluons de loin les montagnes, et partons sur la mer en découverte.

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Certains noms ne peuvent venir sous une plume qui se respecte.

Hélas! ces noms, les uns émeuvent seuls la critique ou la foule, les autres sont vantés pêle-mêle dans les jeunes revues.