Ne me faites pas dire que la Légion d'Honneur est incompatible avec le talent. Ce serait continuer la vieille bêtise des sifflets qui prouvent l'excellence d'une œuvre, alors qu'ils ne prouvent rien, pas plus que les applaudissements, et que la recherche des uns comme des autres est aussi ridicule.
L'an dernier, dans son discours de la cérémonie pour le transport du cœur de Gambetta au Panthéon, le Président de la République, M. Mitterand, fit preuve d'audace. Ayant à citer les artistes qui honorent la France, il renonça au palmarès officiel, cita Renoir, Cézanne, Claude Debussy. Vous devinez le scandale.
Le lendemain, comme j'exprimais à ce sujet ma surprise et mon plaisir à M. Arthur Meyer: «Parbleu! me répondit-il, vous êtes jeune. Mitterand est payé par les marchands de tableaux».
Et il le croyait. Il souriait. Il me plaignait. Il préférait inculper le chef d'État de trafic plutôt que de le prendre en flagrant délit de ridicule.
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L'envers d'une belle étoffe excite la convoitise du petit goût.
Il en arrive de Chine dont le verso est tout en or pour qu'au recto quelques broderies apparaissent sur une soie mate, du noir de l'encre. Il est rare que nos femmes ne les portent pas à l'envers.
Ainsi le romantisme porte la poésie.
Ce faux luxe étale souvent la plus réelle richesse, mais s'il en impose au vulgaire, l'œil exercé souffre de son contre-sens.
La poésie doit avoir l'air pauvre pour ceux qui ne connaissent pas le vrai luxe. Un poème est le comble du luxe, c'est-à-dire de la réserve, le contraire de l'avarice. De loin, du premier coup d'œil j'allais dire en flairant, soupesant un livre, l'expert estime sa qualité.