Je n'ai pas qualité pour savoir en quoi la poésie nous éloigne ou nous rapproche de Dieu. Je renvoie le lecteur à la préface de Paul Claudel pour l'œuvre complet d'Arthur Rimbaud. Encore que l'amour qu'il porte à l'Église et au poète arrange coûte que coûte un rapprochement.
Loin de nous d'accuser Claudel d'interpréter à son avantage le délire d'un mourant dont témoigne une sœur très pieuse. Mais la confusion est des plus admissibles à cause même de cet esprit de poésie porté dans une telle fin à sa plus haute puissance. L'esprit de poésie: l'esprit religieux en dehors de toute religion précise et sans doute ce que Paul Claudel dépeint parfaitement lorsqu'il nous dit que Rimbaud était un mystique à l'état sauvage.
Le poète croit. Que croit-il? Tout.
Aussi Renan, que baigne notre fluide, est-il sans conteste un esprit religieux, à l'encontre de Voltaire que la poésie évite comme l'électricité un fil de soie.
Le scepticisme est mauvais conducteur de la poésie. C'est pourquoi la poésie touche peu en France, pays malin.
P.-S.—L'esprit de poésie avec son esprit de mort n'habite pas que les ouvrages tristes, mais quelquefois le genre le plus frivole.
Laissons de côté la poésie proprement dite, où les exemples abondent. Le chagrin de Ronsard porte une couronne d'églantines et Henri Heine se meurt d'amourettes.
Mais chez ces poètes parfaits, l'un et l'autre genre s'enlacent comme les initiales dans l'écorce des arbres.
Citons tout de suite le maître d'un genre dont le nom même est un diminutif: Offenbach. Les mots perdent peu à peu leur sens exact. Nous ne pouvons nous empêcher de mettre certaines opérettes bien haut en songeant à ces «amourettes» de Heine et au titre sous lequel devait paraître la seconde édition de La Princesse de Clèves: «Les amourettes du duc de Nemours et de la princesse de Clèves».
Chez Offenbach, la poésie est tellement perfide que certaines personnes y sentent le mauvais œil et se garantissent par des signes dès que sa musique se fait entendre.