Certains poètes d'aujourd'hui, d'humeur chagrine contre l'époque, tristement dépaysés dans sa fusion, se tournent vers d'anciennes jeunesses, et les pastichent. Ils y ajoutent ce «rien» d'actuel qui leur permet de se justifier à nos yeux. Aussi ne sont-ils pas habillés, mais déguisés, costumés et semblent-ils des maniaques se promenant en costume Louis XIV, avec, pour se rajeunir, un faux col et un chapeau melon.

Ces artistes-là (il en existe de réelle valeur) et la masse des naïfs, croient qu'une époque peut se tromper ou qu'ils se sont trompés d'époque, alors que vivant à celle qu'ils chérissent à cause de son recul, ils eussent soupiré après quelque autre plus ancienne.

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Notre âge mérite d'être surnommé l'âge du quiproquo. L'abondance des livres et des moyens de publier en sont une des causes. Certes, il n'a jamais existé de chefs-d'œuvre inconnus et ceux qu'on nous déterre sont de faux chefs-d'œuvre. Ce qui doit pousser, pousse, fleurir, fleurit.

Mais jamais les jeunes n'eurent tant de facilités pour paraître. Chacun parle, s'exprime, complique le jeu, surcharge Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé, embaume, de vieilles anarchies.

La nuit de Rimbaud met en valeur son système d'étoiles. Mallarmé, à force de nuit, de carbone pur, arrive au diamant. Depuis, ce qu'on nomme Poésie moderne exploite leur découverte. Il ne reste que charbon, que ténèbres[6].

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J'étais tenté d'écrire quelques pages sur les enfants et les fous par rapport aux poètes. Mais le sujet est à la mode, et je ne m'y sens pas assez seul pour m'y plaire.

Voici pourtant mon opinion, en trois lignes:

Couper le nœud Gordien n'est pas dénouer le nœud Gordien. Enfants et fous coupent ce que le poète met toute une vie de patience à dénouer. La corde servira aux autres qui doivent refaire un nœud et ainsi de suite. Aux mains des fous et des enfants les plus prodigieux, il ne reste que bouts de corde.