[I]
[J'AI, POUR TROMPER DU TEMPS]
[JE N'AI JAMAIS D'ARGENT]
[MON ANGE, LAISSEZ-MOI]
[CHAQUE FOIS QUE JE M'AMUSE]
[LORSQUE MES SUCCESSEURS]
[MON ANGE, VOIS, JE TE LOUE]
[II]
[JE VEUX TOUT OUBLIER]
[JE N'AIME PAS DORMIR]
[QUAND JE TE VOIS]
[MAUVAISE COMPAGNE]
[LIT D'AMOUR, FAITES HALTE]
[RIEN NE M'EFFRAYE PLUS]
[NOTRE ENTRELAC D'AMOUR]
[JE REGARDE LA MER]
[AU MOMENT DE PLONGER]
[LORSQUE NOUS SERONS TOUS DEUX]
[JE PEUX REGARDER LE SOLEIL EN FACE]
[TES RIRES RETROUSSÉS]
[L'ORGUEIL ME GÂCHE TOUT]
[À L'AMOUR JE RETOURNE]
[JE NE VEUX PLUS SOUFFRIR]
[JE VOYAGE BIEN PEU]
[FRANCHEMENT, JE CROYAIS]
[IL NOUS FAUT DÉPÊCHER]
[HÉLAS! VAIS-JE À PRÉSENT]
[III]
[AINSI QUE SE TOURNENT LES PLANTES]
[J'AI PEINE À SOUTENIR]
[AURIC, MILHAUD, POULENC]
[SI MA FAÇON DE CHANT]
[LES MUSES SONT DE FEUX]
[NE M'INTERROGEZ PLUS]
[LES SOEURS, COMME UN CHEVAL]
[MUSES QUI NE SONGEZ]
[I]
[J'AI, POUR TROMPER DU TEMPS]
J'ai, pour tromper du temps la mal-sonnante horloge,
Chanté de vingt façons.
Ainsi de l'habitude évitai-je l'éloge.
Et les nobles glaçons.
C’est peu que l'habitude une gloire couronne
Lorsqu’elle a vieux le chef;
Il faut qu’un long amour souvent le cœur étonne
À force d’être bref.
Alors, jeune toujours, libre de récompenses,
Et son livre à la main.
On devine les jeux, les manœuvres, les danses,
Qui formeront demain.
Voilà pourquoi la mort également m’effraye,
Et me fait les yeux doux;
C'est qu’une grande voix murmure à mon oreille:
Pense à mon rendez-vous;
Laisse partir ces gens, laisse fermer la porte.
Laisse perdre le vin,
Laisse mettre au sépulcre une dépouille morte;
Je suis ton nom divin.
[JE N'AI JAMAIS D'ARGENT]
Je n'ai jamais d'argent et chacun me croit riche,
J'ai le cœur sans écorce et chacun le croit sec.
Toujours sur ma maison mentira cette affiche,
Même un aigle viendrait l'en arracher du bec.
Ainsi veut l'ange, afin que la gloire se cache
Et mûrisse en silence à l'abri des clameurs.
Le fouet de son aile interne me cravache:
Je veux vivre, dit-il; qu'importe si tu meurs.
[MON ANGE, LAISSEZ-MOI]
Mon ange, laissez-moi m'ébattre dans ce champ;
Aucun œil ne me voit, dites, vous trahirai-je?
La ville, grâce à vous, me croit le cœur méchant,
Mais, au soleil, fondez votre armure de neige.
Dormez un peu. N'ayez rien à me reprocher.
Voici la folle mer qui brise au bord ses coupes.
Son champagne tonnant inonde le rocher
D'où je vois ses jupons, ses linges et ses croupes.
Le bain depuis toujours invite le héros,
Car de tous les dragons la mer est le moins bête.
Ah, que je puisse rire! Ah, que je me dévête!
Et que je mette nu mon cœur, mon cœur trop gros.