Ces voyages devenaient beaucoup moins simples. Les services s'organisaient, et rien ne semble, en France, plus louche que de n'être sur aucun registre.
Au troisième bureau, il arrivait qu'on accueillît fort mal les quelques officiers évadés après d'affreux périls. Ils n'étaient plus sur les registres.
Ce convoi fantôme agaçait, mais expérimentait gratuitement. On ne le supprimait donc pas; on mettait des bâtons dans ses roues.
Guillaume continuait d'ôter ces bâtons. L'hôpital s'accrochait à lui comme à une bouée.
On suivait les phases de la lente agonie du général d'Ancourt. On redoutait une fin qui, sans nul doute, rendrait son pseudo-secrétaire aux cadres.
[LE MOT]
Un soir, à six heures, on attendait Guillaume auquel, maintenant, la Place confiait le mot d'ordre.
Guillaume avait bu punch sur punch avec des cyclistes des Invalides. Il était ivre. Il chantait à tue-tête ce mot que la France cache dans son corsage, mourant plutôt que de se le laisser prendre.
Un vieil infirmier bénévole, le comte d'Oronge, outré, empoigna Guillaume au collet et le secoua. Guillaume, se débattant, traita ce vieillard d'imbécile. La cour formait le cercle et personne n'osait donner tort au neveu du général.
Enfin, après que le comte d'Oronge, blême de rage, eut envoyé Guillaume rouler à terre, Guillaume se releva, menaça Verne et sortit en criant qu'on aurait de ses nouvelles.