Aglaé, sœur d'Ophélie,
Prise sans en avoir l'air
Par son mal, par sa folie,
Va se jeter dans la mer.
[DE DON JUAN]
En Espagne, on orne la rue
Avec des loges d'opéra.
Quelle est cette belle inconnue?
C'est la mort. Don Juan l'aura.
[DU CHIEN D'ALCIBIADE]
Plus d'un, qui dans la sombre barque,
Traversa le fleuve de mort,
Aurait voulu qu'on le remarque
Pour le contraire de ton sort.
Maintenant, à la mort fidèle,
Dédaigne ton maître inhumain:
Couche-toi, sans queue, auprès d'elle,
Médor, et lèche-lui la main.
[LES MESAVENTURES D'UN ROSIER]
Rougis des Hespérides!
Et des formes que prend
Le diable au Paradis.
Verges que Noël pose
Dans les sabots, quel feu!
Quelle eau!
Un radis, c'est la rose
En bouton, à l'envers
Dans le tombeau.
Pour tenir chaud l'hiver
Penche l'arbre des pommes
Sur ce rosier.
La rose sans épines,
Dépêchez-vous, garçons;
Elle se ride.
Prenez garde à la berge.
Dans le fleuve de verre
Bouge l'ondine,
Qui mollit les bâtons
Et les montre cassés
Si on l'agace.
Et si change de place
Le rosier en boutons,
La source rit.
Sur sa mousse un pleur d'or
Toucherait-il ce chêne
Au cœur chenu?
Pas même, source blanche,
Larmes du marbre nu
Qui sortent.
Et la rose, la rose
Qui veut imiter l'arbre,
C'est un peu fort!
Une moindre secousse
Dénonce le pari
Champêtre.
Ne laisse pas la voile
Encor, bateau timide,
Cacher ton mât.
Car chaque fois qu'il penche,
Ondine ta maîtresse
Baise tes hanches.
Rose prends donc courage:
La houle et la houlette
Sont sœurs.
Si ce chêne refuse
L'offre de ton odeur
Célèbre,
Rappelle-toi son âge;
Vraiment sa vieille moelle
L'excuse.
Dépâme, rose rouge,
Vois pour cacher ta honte
D'autres boutons.
Rentre dans la vallée
Neige en feu, c'est la fonte
Des Alpes.
Rose que l'aube mouille,
Entre ses seins te place
La bergère.
Si tu mouilles sa robe
Ton audace exagère;
Que dira-t-on?
Rose rouge du crime,
On doit trouver la trace
De l'assassin.
À moins que quelque louve
Vienne lécher le doigt
De la victime.
Sur ce buisson ardent
Arrête-lui la main
Bel ange.
Car une autre bergère,
Qui fut soldat, périt
Sur un bûcher.
Pour l'endormir, échange
Ton sang, contre le lait
De Proserpine.
Il suffit de toucher
Le pavot qui allaite,
Avec vos dents,
Pour que l'ange s'envole
Et laisse une cuisson
Légère.
Chacune des épines
Du rosier rouge blessent
L'amour.
Mieux valait le bocage
Où Narcisse se joue
Seul du pipeau.
Et cet autre vertige
D'un chat noir pelotant
La braise.
Braises du rosier rouge,
Ôtez sur votre peau
Un peu de boue.
Vous avez bien le temps
D'être l'oiseau qui baise
Sa cage
Il faudra redescendre,
Roses du ciel de lit
Louis Seize;
On ne peut pas toujours
Vivre à cette hauteur
D'âme.
Parfois la bière blonde
Succède au lait. La rage
Mollit.
Seul, le grand Alexandre,
Ne versant d'autres larmes,
Les parfumait.
Debout, rosier de mai,
Ce demi-dieu te change
En violette.
Et Cybèle qui pâme,
Change en roses le sang
Des armes.
Rose à la fraîche croupe
Fais vite ta toilette
Du soir.
Épanouis ta gorge,
Tes genoux, tes épaules
Puissants;
Lave ce vieil orage,
Va sur l'enfant de troupe
T'asseoir.
Ce jardin de nounous
Te convient à merveille,
Un dimanche.
Tu peux, malgré ton âge,
Tenir encor un rôle
De sucre d'orge.
L'ondine, dans sa chambre
De verre, n'en peut plus
De rire.
Car la rose naïve
Cherche un nouvel endroit
Pour sommeiller.
Elle roule sa lèvre
Et ses nombreuses joues
Froides.
Elle penche vers l'eau
Sur le talus, sa moue,
Sa fièvre.
Allons! tenez-vous droit
Beau rosier. Faites roides
Vos membres.
L'ondine nous observe,
Et s'amuse beaucoup
À vos dépens.
Jadis, sur l'eau profonde,
Vers Léda vint le cygne
Humain.
La belle, avec sa main,
Flatte le bec, énerve
Le cou.
Or, la fille de l'onde
Songe au feuillage où pend
La vigne;
Et regarde à travers
Le verre du plafond
La rose éteinte.
Rose qu'avez-vous fait
Trop tôt pour que vous tue
L'hiver?
Est-ce là tout l'effet
Jeunesse, que vous font
Les statues?
Et l'ondine, et la feinte
Fontaine sur le socle
De Pan.
Rose, rentre en toi-même,
Et pleure comme Achille
Patrocle.
C'est parfois difficile
D'être seul, quand on s'aime
À deux.
L'ondine de la roche
N'a jamais de hideux
Anges son compte.
Elle prend sa voix d'orgue
Au fond du transparent
Repaire.
Vois son œil bleu, sa paire
De seins que l'eau convexe
Rapproche.
Tremblez, pauvres parents,
Car la belle fournit
La morgue.
Va, rosier de la honte,
L'ondine a défini
Ton sexe.
[ALERTE]
Rose de Jéricho, les clairons militaires
Mettent partout les murs, les pétales par terre;
Les hôtels, les villas, les kiosques à musique,
La carte en relief, ses cascades, ses chaînes
De montagnes, ses pics qui changent nuit et jour.
Humide est le corail, porte-chance d'amour!
Il te faut rebâtir, rose de vitre et d'arbres,
Parfois bock sur le quai, parfois cime d'un chêne,
Pommier d'Avril souvent, mais plus lourd que le marbre.
On y pose dessus: quêteuses, jeux nautiques,
Le char de la déesse et le combat naval.
Mais la rose s'écroule. Écoutez ce tapage
Nocturne. Car Vénus a découvert le vol
De ses perles, et réveille tous les étages.