[À FORCE DE PLAISIRS...]
À force de plaisirs notre bonheur s'abîme.
Que faites-vous de mal, abeilles de ma vie?
Votre ruche déserte étant maison de crime,
Je n'ai plus, d'être heureux, ni l'espoir, ni l'envie.
Sous un tigre royal, la rose aux chairs crispées,
Meurt de peur; il est vrai que ce tigre a des ailes.
Mais l'ange gardien qui casse nos poupées,
A des ailes aussi comme une demoiselle.
Les anges, quelquefois, tachés d'encre et de neige,
Car ils font leur journal à la polycopie,
Leurs ailes sur le dos, s'échappent du collège,
Volant un peu partout, plus voleurs que des pies.
La neige est vite marbre aux mains prédestinées;
Du marbre au sel Vénus connaît la route blanche,
Et du sel à la chair enfin la voilà née
Sur la plage où chacun se baigne le Dimanche.
Mais, sachant les détours de la chair aux statues,
Vénus s'endort debout et se réveille au Louvre.
Elle ne risque rien. Chaque fois qu'elle tue,
C'est seulement mille ans après qu'on la découvre.
Endormez-vous au bruit de la machine à coudre
Enfance, cœur cruel amoureux des supplices.
Voici la guêpe morte et l'odeur de la poudre
Et les soleils cloués pour vos feux d'artifice.
Christ, larrons, cloués haut en face du village.
La veille, les soldats jouaient de la musique;
On attendait le soir, on redoutait l'orage,
Et leur mort écrivait: VIVE LA RÉPUBLIQUE.
D'un seul soupir d'amour vit et meurt la fusée.
Elle ouvre ses yeux bleus: ainsi chante le cygne.
Mais voyant de sa mort une foule amusée
Les referme, rend l'âme et tombe dans les vignes.
Souvenirs de campagne, ah! laissez-moi tranquille;
De la rose du soir ne soyez pas le chancre.
J'ai le vertige en haut des maisons de ma ville,
Mon ombre se répand de moi comme de l'encre.
Voici le miel que font mes abeilles, c'est l'ombre
Qui me vide. Je suis plus léger que le liège
Plus léger que l'écume, et cependant je sombre,
Entraîné par Vénus et par l'homme de neige.
[TOMBEAUX]
[DE SAPHO]
Voici, toute en cendres, Sapho,
Dont ce fut le moindre défaut
D'aimer, Vénus, les coquillages
Que vous entr'ouvrez sur les plages.
Le feu qu'elle éteint dans la mer
N'était pas la flamme des cierges;
Comme fleurs rougissent les vierges,
Sapho rougit comme le fer.
Ce feu dont ne reste que poudre,
Tua jadis une cité.
Mais soyons justes, car la foudre
Y tomba d'un autre côté.
Non. Sapho vous apprit à lire,
Vierges, dans son propre roman;
Elle repose maintenant
Entre les jambes de sa lyre.
Sur ce beau corps mélodieux
Elle repose chez les dieux:
Sapho, déesse médiane
Entre Cupidon et Diane.
[DE SOCRATE]
Ce qui distingue cette tombe
Des autres, soit dit en passant,
C'est que n'y viennent les colombes,
Mais, parfois, deux agneaux paissant.
Visiteuse, que ne vous vexe
Ce sage victime des sots:
C'est la grâce de votre sexe
Qu'il aimait chez les jouvenceaux.
[DE NARCISSE]
Celui qui dans cette eau séjourne
Démasqué, vécut s'intriguant.
La mort, pour rire, le retourne
À l'envers, comme un doigt de gant.