TOUS LES QUINZE JOURS JE CHANGE DE SPECTACLE

[COUTUMES DU NORD]

Prisonnier de quelque banquise,
Passe, debout, l'amiral mort.
Cygne dont la voix est exquise,
Meurs en scène comme un ténor.
L'amiral, par la force acquise,
Se promène en la mer du Nord
Depuis cent ans, chamarré d'or.
Ici, Carolines, Marquises,
Sont vitrines de costumier.
L'amiral tient sa longue-vue;
Ainsi, Napoléon premier
Passait ses grognards en revue.
Mais ici grognards sont les ours,
Buvant du lait, faisant l'amour.
Sa veuve est morte sans nouvelles
Et l'amiral se meurt d'ennui,
N'ayant aucune lettre d'elle
À lire au soleil de minuit.
La nuit, quelquefois, les étoiles
Ont faim. On allume du bois
Sur la neige. Les chiens aboient.
On fait aussi feux de bengale,
Feux de la Saint-Jean, feux de joie,
Pour sauver le traîneau à voiles.
Le matin, les gens étonnés
Ont des binocles, des faux nez,
Ignorant tout du Carnaval,
Des règles du combat naval
Qui dure toute la journée.
Des danseurs, chaussés de patins
Et portant des manchons d'hermine
Valsent sur la glace sans tain,
Y écrivent le nom d'Hermine
Qu'un joli paraphe termine.
Simple programme de matin.
Le soir, les loups du ciel s'allument,
Le traîneau stoppe de nouveau
Devant le passage-à-niveau.
Ce sont là, du Nord, les coutumes.

[LE MIRLITON D'IRÈNE]

[ROSIER]

Afin que leur fantaisie
Ne soit pas que du carton,
Rosier de la poésie,
Grimpe autour des mirlitons.

[FRUIT]

Un lampion du dimanche,
S'il est mûri par le vent,
Peut mettre le feu aux branches;
Il faut le cueillir avant.

[CHAT]

Le feu: jolis poissons rouges,
Endormait le chat fermé.
Si, par mégarde, je bouge,
Le chat peut se transformer.
Il ne faut jamais que cesse
Le rouet des vieilles tours;
Car se changer en princesse
Est le moindre de ses tours.