« Mais, ajouta Raymond, il y a aussi une sorte de… tribadisme littéraire, et beaucoup de femmes de lettres ne sont qu’un compromis entre l’homme et la femme. C’est une véritable dégradation de l’énergie virile vers la féminité normale et passive.
« Et puis, en réalité, c’est peut-être trop simple de n’envisager l’individu que sous l’aspect de la sexualité. Les êtres ne trouvent leur plénitude physique et intellectuelle, leur complétude que dans l’amour ; et l’homme ne se réalise complètement lui-même que baigné dans le parfum de la femme qui provoque l’érection de son cerveau et la sécrétion de ses idées.
Madeleine qui avait écouté Raymond avec beaucoup d’attention souriait intérieurement à ces dernières pensées et tandis que sa main caressait les cheveux de Dionys qui avait posé sa tête contre son sein, elle se promettait bien d’être pour son jeune amant cette plénitude physique et intellectuelle que l’on trouve dans l’odeur mouillée de l’amour.
VII
Raymond pensait que Rite ne savait pas arranger sa vie, afin de lui donner un peu de son amour quotidien et il se plaignait à elle-même dans une lettre, sans vouloir en comprendre les raisons, de ses visites trop espacées.
— On perd le divin contact, disait-il, et ce qui est peut-être plus grave, l’équilibre de sa sensualité.
Et il se demandait s’il ne serait pas obligé de chercher à cette Rite trop intermittente une coadjutrice…
Pourtant, Raymond rejeta vite cette pensée sacrilège et se suggestionna le bonheur douloureux de la fidélité dans l’attente. Fidélité que des lettres quotidiennes de Rite, si lourdes d’évocations et de désirs, entretenaient par leur atmosphère d’éternité.
— Il me semble parfois, songeait Raymond, que les ferveurs de mes lettres n’ont que ce but inconscient de provoquer son amoureuse admiration dont j’ai besoin. Je ne l’aime peut-être que parce qu’elle est le plus merveilleux miroir où je puisse me contempler : je m’y contemple, en effet, comme l’être le plus parfait, le plus beau et le plus puissant qui soit au monde.
« Il faut qu’une femme nous donne cette sensation d’être l’amant le plus puissant, et il semble que pour un homme, cette qualité de puissance sexuelle contienne toutes les autres : l’esthétisme, l’intelligence, l’esprit… etc. Et c’est vrai. Nous aimons la femme qui nous assure cette domination sur la vie, cette royauté, et qui seule entre toutes les femmes, a compris l’exception que nous étions.