Rite. »

Et, au bas de la feuille, le baiser rouge et amoureusement appuyé de ses lèvres. Raymond posa sa bouche contre cette émouvante empreinte dont il admira en outre le dessin parfait : la forme du baiser de Rite.


Il l’attendait maintenant avec une impatience qu’il n’arrivait pas à dominer et qui ne s’apaisait que pour guetter, l’oreille collée à la porte, les bruits de l’escalier. On sonna. Retrouver sa sérénité et paraître venir du lointain de son cabinet de travail pour ouvrir avec calme cette porte contre laquelle il était en attente.

La sérénité marque une confiance plus assurée, pensa Raymond, et il ne faut pas donner, même aux êtres que l’on désire le plus violemment, cette impression d’inquiétude et d’angoisse qui leur ferait trop sentir que nous sommes leurs esclaves. L’amour est une lutte entre deux êtres et si l’on tient à la tendresse d’une femme, il ne faut jamais qu’elle soit tout à fait sûre de notre amour. Le jour où elle en est assurée, cela ne l’intéresse plus… Il est même sage d’entretenir une petite plaie saignante au cœur des femmes, comme les cornacs entretiennent une blessure vivante à l’oreille des éléphants…


Rite a jeté son léger manteau de soie sur le bras tendu d’une déesse de bronze, ses lèvres s’écrasent sur la bouche de Raymond qui, debout, tenant la belle tête de son amie dans ses deux mains, immobilise longtemps ce baiser dans le silence. Et puis, prolongeant ce bouche à bouche qui déjà fait défaillir Rite, il la soulève et les jambes pendantes sur son bras, il la porte sur le divan, s’agenouille devant elle et la contemple.

— Je t’aime ainsi, Rite, encore toute vêtue de tes robes légères et transparentes à travers lesquelles je devine ta chair vivante. Mes lèvres aiment ces prémisses de ton parfum mordu à tes aisselles blondes, et mes mains te cherchent sous les feuilles.

— Il n’y a peut-être, pensa Raymond, rien de plus pur et de plus émouvant que cette ligne du ventre qui descend vers le secret de la femme ; les mains les plus douces sont encore trop rudes pour en caresser l’émotion vivante : seul le velours sensible des lèvres est assez délicat pour se poser sur cette chair qui est déjà un vertige de désirs et de parfums où tout notre être va se glisser défaillant.

« Deux colonnes de blancheur se referment sur ma prière, Rite, et j’écoute la plainte parfumée de ton être qui se verse dans mon baiser. Laisse-moi m’enfermer dans ce rythme qui se soulève vers moi et m’attire comme un vertige : ton visage est grave comme le visage d’une morte, ton regard a fui sous tes paupières entr’ouvertes : j’aime cette douleur que je poignarde en toi à coups précipités et dont je mordrai à ta bouche la dernière convulsion. Ton sanglot se défend et m’exile ; tu es pâle et froide et j’écoute, la tête sur ton sein, les battements fous de ton cœur qui ne veut pas s’apaiser…