(Tu vois, mon cher Raymond, écrivait Madeleine, que ce prêtre vicieux est tout de même un homme intelligent. Et quant à mon sermon que je résume ici, peut-être avec un peu de littérature, avoue qu’il se souvient de ton propre enseignement. Et j’espère que cet essai de conversion à rebours va t’amuser quelques instants.)
Mais la suite de l’aventure était plus difficile à conter. Madeleine s’y exerça avec sincérité. Ce pauvre prêtre avait mis une intonation si douloureuse dans ces derniers mots : « la privation de l’être aimé », que Madeleine n’avait plus songé à se moquer de lui : elle sentit que son enfer, il le vivait sur la terre dans la privation de l’être qu’il désirait. Et peut-être aussi parce qu’une chasteté de quelques jours la rendait plus sensible au désir de cet homme, elle prit sa main, la tint quelques instants dans les siennes, et puis, se levant, elle lui fit signe de la suivre. Elle confia la garde de la moribonde momifiée dans son inconscience à une domestique appelée discrètement, et dit avec autorité :
— Venez avec moi, Monsieur l’Abbé, j’aurais quelques conseils à vous demander au sujet des dernières volontés de ma pauvre tante… Qu’on ne nous dérange pas.
Il l’avait suivie, obéissant et tremblant. Jamais il n’avait imaginé que ce rêve pût se réaliser. Il avait peur.
Dès que la porte de la chambre se fut refermée sur leur isolement, il tomba à genoux près du fauteuil où Madeleine s’était assise et sans oser la toucher, la tête dans ses mains il sanglota.
Il confessa ce qu’il avait souffert et il avoua même le cruel mysticisme du simulacre et que sa cellule de prêtre était devenue une sorte de reliquaire de son amour silencieux : fleurs fanées tombées de son corsage, herbes foulées par ses pieds, fruits où ses lèvres avaient mordu, et relique plus précieuse encore : quelques cheveux dérobés à son peigne, et même un peu de sable mouillé.
Mais maintenant qu’il se trouvait devant elle, son âme et sa chair tremblaient. Il lui semblait que si le corsage de Madeleine s’ouvrait comme un tabernacle, il allait défaillir, et tout à coup il se releva et voulut fuir.
Alors, Madeleine, toute émue, se leva elle aussi, vint vers lui et lui donna sa main à baiser. Il se prosterna sur cette main qui s’offrait à ses lèvres et y appuya sa bouche tremblante.
— Laissez-moi partir maintenant, dit-il timidement.