— Mais, ajouta-t-il en souriant, il n’est pas indifférent qu’ils aient passé entre les mains de bons violonistes ; il y a aussi des amants qui faussent les plus expressives sonorités amoureuses.
« Non, Simone : il ne faut rien regretter : la virginité d’une femme, ce n’est pour l’homme qu’une volupté cérébrale ou sentimentale : elle ne vaut pas la profonde sonorité des femmes faites par l’amour. Les jeunes filles n’ont pas encore acquis l’amplitude de leur respiration amoureuse, et il est rare qu’elles atteignent le sommet de la joie. Souvent même une femme n’est amoureusement mélodieuse qu’après la maternité.
— Je suis donc heureuse d’être mère, répondit Simone, pour t’aimer mieux.
— Tu es aussi pour moi un éphèbe, et ainsi, Simone, je te possède plus intellectuellement. Jouons au jeu des correspondances : écoute les accords de ta double sensualité. Oui, Simone, (et Raymond songeait à Rite qu’il avait si facilement persuadée de ce nouvel abandon d’elle-même), c’est la plénitude.
Et Raymond ne put s’empêcher de sourire encore, en entendant Simone prononcer presque la même phrase que Rite :
— Je suis encore plus tienne, Raymond.
Elle ajouta :
— Tu as raison, c’est l’accord parfait. C’est une sensualité qu’il faudra cultiver… Cette double participation…
Ils s’habillèrent lentement dans le soir, et puis comme s’ils éprouvaient le besoin de s’évader d’eux-mêmes, ils partirent dîner à Montmartre, en un petit restaurant italien de la place Pigalle, dont Raymond aimait l’atmosphère un peu exotique. Une manière aussi de voyages sans fatigue et sans longs regrets. De n’entendre parler qu’italien qu’il comprenait mal, Raymond se sentait plus intimement isolé auprès de Simone. Il y avait là quelques belles Italiennes, du type consacré par l’art. Raymond les contemplait, et il n’avait jamais si bien compris à quel point notre esthétique picturale, qui en est restée à ces modèles italiens, est peu représentative de notre race française ; et il se surprit à prononcer cet aphorisme :
— L’art est une invention italienne.