Et comme je m’en cou-cou

Et comme je m’en courus !

« Nous fuyons devant nos désirs, peut-être parce que nous ne sommes jamais très sûrs de notre sincérité. La voix de nos péchés (nos remords et nos regrets) nous poursuit et nous hallucine…

Ils s’étaient quittés après le déjeuner, et déjà Raymond songeait au rendez-vous du lendemain. Cette pensée qu’il retrouverait Simone à cinq heures allégeait sa journée qu’il emplissait de quelque travail littéraire, exécuté automatiquement. Cela n’était vraiment pas l’essentiel de sa vie.

— Encore quelques pages et j’aurai terminé, se dit Raymond, en épinglant à son article sur Stendhal une longue citation d’un stendhalien exalté et chaste. Mais il ne résista pas au plaisir de justifier sa propre paresse, en épiloguant sur la vanité de la gloire : « l’œuvre laissée par un écrivain est indépendante de lui, écrivait-il, et qu’importe, lorsqu’on est mort, d’avoir été Baudelaire ou Casimir Delavigne, Sainte-Beuve ou Paul Souday. »

Mais déjà Simone était là, ayant devancé l’heure du rendez-vous, et frustrant presque ainsi Raymond de cette petite angoisse de l’attente qui précise en nous le désir de l’amour.

Penchée sur l’épaule de Raymond, Simone lit la page commencée. Elle dit :

— C’est bien, cela… mais hâte-toi…

Raymond aimait cette présence qui l’attendait, avec une particulière impatience, aujourd’hui. Simone s’était déjà penchée plusieurs fois sur le bureau de Raymond pour voir s’il aurait bientôt terminé sa besogne, si vaine, pensait-elle, auprès du parfum vivant qu’elle lui apportait.

Lasse d’attendre, elle vint, un peu traîtreusement, debout contre la table encombrée de livres, appuyer son sein nu contre le visage de Raymond :