— C’est celui-là que tu aimes le mieux. Dis-lui bonjour… Vois comme il est sensible à ton hommage. Dis-lui encore que tu l’aimes… Écris-le… et puis signe !
Maintenant, Simone se dévêtait, amoureuse elle-même de sa blanche apparition dans la glace. Raymond contemplait ce nu de l’après-midi dans cette lumière déjà apaisée qui semble non plus frapper la chair mais émaner d’elle. Déjà il s’était levé et tendait ses mains vers les fragiles épaules de Simone, lorsqu’on sonna.
— Trois coups harmonieusement espacés, c’est Morangis, dit Raymond. C’est le hasard d’une promenade qui l’amène ; un autre hasard…
Mais comme prise d’une inspiration subite :
— Non, répondit Simone, fais entrer ton musicien, et en même temps, d’un geste rapide, elle s’était drapée, nue, dans son manteau.
Morangis n’apportait à Raymond que son affectueux silence ; d’ailleurs, il était trop timide pour parler sincèrement devant Simone qu’il connaissait peu, et dont l’aristocratique beauté le troublait. Raymond, instinctivement, s’était réinstallé à sa table, comme prêt à écrire des phrases définitives.
— Tu travaillais, dit Morangis qui ne put s’empêcher de sourire. Ce fut Simone qui lui répondit :
— Oui, Raymond voudrait finir son article. Laissons-le seul un instant… ou plutôt, entrez dans le petit salon et jouez-lui quelqu’une de vos dissonantes musiques : cela l’inspirera. Et moi, je resterai bien sage et silencieuse auprès de lui, à vous écouter en le regardant écrire…
« Et vous savez, ajouta-t-elle en le poussant doucement dans la pénombre, je vous enferme au verrou avec l’harmonie de vos songes.
Puis, s’emparant de Raymond, elle lui dit tout bas :