—Je suis bien heureux de cette bonne nouvelle, Sophie, et vous félicite sincèrement. Votre cousin ne s'était pas marié?
—Si monsieur, mais il n'a jamais eu d'enfants, et ma cousine est morte il y a dix ans. Il a mis de côté une douzaine de mille francs, plus sa maison et son jardin. C'était un homme très rangé.
—Malheureusement cet héritage n'est pas suffisant pour vous permettre d'acheter le fonds de commerce que vous désiriez.
—Pourquoi donc, monsieur? Je ne vois plus de difficultés, au contraire! La somme exigée par M. Marait se complétera avec les bénéfices du commerce ou un emprunt. Je suis heureuse, heureuse de cette bonne aubaine, parce que le rêve de mon fils va se réaliser.
—Et le vôtre aussi; vous méritez bien votre bonheur, mais en bonne mère, vous ne pensez qu'à votre fils. Il est venu me parler l'autre soir pour me demander si vous étiez partie; c'est un charmant garçon.
—Oh! oui, monsieur, il est charmant! Tout le monde l'aime, et, à présent, il est bien sûr de réussir, d'être indépendant.
Aubrun désirait ardemment une ouverture sur les valeurs dont se composait cet héritage présumé, mais la femme de charge ajouta seulement que, dans la journée, elle irait parler au patron de son fils et s'entendre définitivement avec lui.
Quelques heures plus tard, Aubrun descendait à Ménars.
Ce joli endroit, que domine l'ancien château de Mme de Pompadour, était plein de roses, de lumière, de verdure, et Aubrun, poète jadis à ses moments perdus, alors qu'il aimait une femme par laquelle il avait été indignement trahi, fut saisi par la saveur embaumée de la campagne. Le contraste entre son métier et la pure nature dont la vue, la douceur, les parfums le reportaient à d'heureuses années de jeunesse, lui fut pénible.
Il écarta les regrets pour penser à la jeune fille accusée et prisonnière alors que le mois de juin fleuri rayonnait!...