—Oui... J'ai un client à Nanterre. C'est un négociant, si je le rencontre, tout sera vite fait. Je pars à l'instant.
Mais il se ravisa en observant l'air fatigué de Cébronne.
—Au milieu de ces choses terribles, à quelle heure as-tu déjeuné, Bernard?
—Déjeuné! Est-ce qu'on peut penser à la vie physique quand...
—Pas déjeuné... et il est trois heures et demie! Si tu voyais ton visage, mon pauvre ami! Et dois-tu aller chez tes malades pour leur offrir le spectacle d'un médecin qui défaille? On va t'apporter ici un repas froid.
Il sonna son valet de chambre, donna ses ordres et revint s'asseoir auprès de M. Cébronne.
—Voyons, mon cher Bernard, remets-toi. L'erreur sera, sans doute, rapidement constatée. Il n'y a pas lieu probablement de tant se bouleverser. En tout cas, il faut conserver ton énergie et ton sang-froid; ces deux qualités ne t'ont jamais manqué.
—Je ne fléchirais pas s'il s'agissait de moi... Mais savoir cette femme exquise, que j'aime passionnément, accusée, elle, ne fût-ce qu'une minute! C'est épouvantable! Le plus indifférent, la connaissant, serait transporté de fureur ou d'indignation.
—Dès aujourd'hui, il peut se produire un fait qui anéantira tout soupçon. Ainsi, agissons! Découvrons-la, et nous verrons après.
—Oui, répondit Cébronne avec ardeur, agissons! Elle aura, dans cette circonstance extraordinaire, tout l'appui que je lui donnerais si j'étais son mari.