—Sophie Brion!... mais non! C'est la meilleure et la plus sûre des femmes de confiance; elle servait son maître depuis bien des années.

—Comment expliquer l'aconitine chez Mlle Deplémont? Comment expliquer la présence de cette jeune fille chez son parent, à l'heure même du crime?

—L'heure du crime?... Elle ne peut être précisée à une demi-heure près... J'ai parlé par hypothèse.

—Hypothèse confirmée par le médecin légiste... Quand nous aurons questionné Mlle Deplémont, peut-être verrons-nous une autre piste; jusque-là...

—Jusque-là, j'affirme que vous faites fausse route! L'affirmation d'un homme qui connaît si bien Mlle Deplémont devrait compter pour beaucoup, surtout quand cet homme est habitué à observer et à juger... Vous avez du cœur, et vous vous repentirez d'accuser, de traquer une femme innocente... une jeune fille!

—Bernard, mon cher enfant, dit M. de Monvoy avec une vive émotion, croyez que ma tâche est bien pénible... Je pourrais la passer à un autre, j'y ai pensé, et c'est à cause de vous que je la garde. A un moment donné, vous trouverez bon que le magistrat soit un ami...

Cébronne ne pouvait être insensible à des paroles aussi bonnes et affectueuses, mais il était en proie à des sentiments trop violents pour exprimer sa gratitude.

M. de Monvoy le comprit et ne fut pas offensé de son silence.

—Convenez vous-même, reprit-il, que la justice ne soupçonne pas légèrement, mais soupçonne sur des présomptions fort graves qui sont presque des preuves matérielles.

Pendant l'entretien, M. de Monvoy avait évité ce dernier mot, il le prononça alors à dessein, tant il avait à cœur de combattre, jusque dans ses derniers retranchements, la décision du docteur Cébronne.