Preuves matérielles... le mot atterra Bernard, mais il n'en laissa rien voir et répondit simplement:
—Présomptions ou preuves sont des leurres, vous le saurez un jour.
En quittant le juge d'instruction, il avait encore à faire quelques visites, et, dans le désarroi de son esprit, il eut la tentation de se dérober à sa tâche; mais, se ressaisissant presque aussitôt, il examina ses malades avec autant de soin et aussi longuement que si son cœur n'avait pas été torturé.
On lui demanda plusieurs fois s'il n'était pas souffrant; il répondit:
—J'ai sur les bras une affaire préoccupante; il est possible que, dans deux ou trois jours, je sois obligé de m'absenter et de me faire remplacer auprès de mes malades; je m'en excuse à l'avance.
Une dame lui parla de la mort de M. de Chantepy.
—C'est vous qui avez été appelé, docteur? C'est affreux vraiment! personne n'est en sûreté. Savez-vous si on est sur la trace des assassins?
—J'ai fait mon rapport, répondit-il brièvement; mon rôle est terminé.
Mais cette question l'avait bouleversé. Déjà, il le savait, un journal parlait mystérieusement d'une femme, jeune et belle, qui devait être la coupable. Quel bruit, lorsque, Gertrude arrêtée, il se placerait auprès d'elle en disant: «C'est ma fiancée, il est impossible qu'elle soit coupable, je le jure!» Après avoir renvoyé sa voiture, il dîna hâtivement dans un restaurant et se dirigea à pied vers la rue Solférino. L'éclat auquel il pensait ne l'inquiétait pas; cependant, les journaux du monde entier parleraient de ce procès, qui deviendrait sensationnel, à cause de son amour pour l'accusée.
«Le monde entier!... c'est bien peu de chose», se dit-il avec lassitude.