C’est après avoir cité une lettre à sa sœur remplie d’effusions religieuses et de pensées fortes sur la nécessité pour un prêtre de se perfectionner, que le Supérieur du grand séminaire ajoute ces lignes :

« Voilà des pensées faites pour étonner le monde. Il croit difficilement à leur sincérité et veut n’y voir que l’expression d’un enthousiasme juvénile de courte durée. Telles sont pourtant les dispositions de tout séminariste, et, avec une nuance plus calme, de tout bon prêtre. Auguste Merlet sentait plus vivement et disait mieux que beaucoup d’autres, mais certainement chacun de ses confrères pensait comme lui et nul ne l’eût désavoué, même lorsqu’il se déclarait prêt à subir toutes les persécutions que lui vaudrait sa vocation. »

Et quand, au sortir d’un milieu qui les soulève, ils se trouvent aux prises avec une malveillance déconcertante, avec des difficultés dont la mesquinerie arrête leur élan, ils éprouvent évidemment ce que momentanément, par conséquent en très petit, nous éprouvons nous-mêmes lorsque, après avoir vécu un instant de grandes pensées, nous sommes désorientés ou impatientés par les réalités terre à terre de la vie.

C’est alors qu’une main cordiale tendue vers eux est un grand bien. L’abbé Merlet parle souvent dans dans ses notes de son besoin d’être soutenu, du bien que lui fait un mot affectueux. Sans doute, à mesure que la fermeté d’âme grandit, le besoin diminue, mais il restera encore, il restera toujours qu’une sympathie venant du cœur peut avoir des répercussions qui nous étonneraient nous-mêmes si nous les saisissions.

Cependant nous connaissons, pour l’avoir expérimenté par nos propres sensations, l’effet dilatant d’un intérêt affectueux ou simplement aimable, nous connaissons encore mieux le réconfort que produit l’impression d’être assez pénétré, c’est-à-dire assez compris, pour que l’indulgence accueille nos défauts ou nos maladresses.

Cette indulgence est le propre de l’amitié réelle, ou, mieux, d’un esprit familial sincère, et l’esprit familial est, avec le respect de la hiérarchie, le fond intime du véritable sens catholique.

Apprécier ce que l’on nous donne, oublier ce qui ne peut être donné, est assurément une sagesse que nous déclarons très grande quand elle s’applique à nous-mêmes, puisque nul de nous n’est parfait.

En interprétant et modifiant les expressions de M. Merlet, on aperçoit l’harmonie que mettrait, entre les différents milieux dont la foi est la même, la bienveillance familiale qui voile les défauts ou les lacunes, qui s’accroît en face des qualités ou des bonnes volontés.

III

La pensée des difficultés et des souffrances de l’apostolat. — Désir croissant de se dévouer et de devenir un saint pour se mieux dévouer. — Influence douce et pénétrante d’Auguste Merlet.