« Les convictions, écrit-il, sont en moi le fruit de tout un travail personnel, de recherches actives, d’une résistance victorieuse aux objections. Toutes les questions qui se posent dans mon esprit, je les accepte, je leur cherche une solution, une réponse, celle que je crois la meilleure et la plus raisonnable. En cela, je suis fort sincère et très franc. Je crois que pour être un homme, il faut savoir juger, raisonner ses convictions.

« L’ardeur que je mets à cela, moi, n’est pas nécessaire à tous : c’est une question de tempérament. Il ne faut point prétendre égaliser tout dans la vie et juger du devoir des autres selon son propre besoin. »

Sous une règle austère, il devait avoir à lutter contre un caractère indépendant, une exubérance excessive, et aussi contre une impressionnabilité qui provoquait chez lui des crises passagères d’abattement et de découragement.

Il entra au grand séminaire en octobre 1905 et, quelque temps après, définissait ainsi ses impressions :

« Dieu me conduisit au séminaire et ce fut comme si un grand voile de ténèbres s’était dissipé tout à coup. Je me mis à goûter Dieu, je commençai à marcher vers Lui consciemment, je m’efforçai de l’aimer…

« On nous disait que nous serions prêtres pour sauver les âmes, c’est-à-dire pour aimer les hommes le plus que nous pourrions, pour faire du bien à leur corps afin d’amener leur cœur à Jésus au nom de qui nous irions vers eux. On nous parlait de l’amour de Dieu comme du bonheur suprême. On nous disait de bien belles choses sur Jésus qui nous avait tant aimés… qui voulait devenir notre ami, notre frère… On nous conseillait de faire vivre Jésus en nous, c’est-à-dire de vivre d’amour, afin que sa vie débordât la nôtre et que plus tard nous pussions répandre son esprit béatifiant… »

« Afin que sa vie débordât la nôtre », c’est une heureuse et bien belle expression qui, en quelques mots, apprend ce que devient la vie humaine dirigée, complétée par le grand idéal chrétien et par une influence qui n’est pas de ce monde.

« Tout d’un coup, ajoute-t-il, je sentis mon cœur s’ouvrir à toutes ces grandes idées. Je les compris, je les aimai comme si je ne les avais jamais entendu énoncer devant moi. Je commençai à comprendre ce que Jésus était et ce que je devais être. Je pris conscience de ma vocation, je me trouvai dans ma voie. Mon esprit fut hanté de beaux rêves d’amour divin et d’apostolat. Un idéal magnifique m’apparut, et je sentis que j’étais fait pour aller vers lui.

« Mon esprit voyait clair et mon cœur fut captivé. »

En termes plus familiers, il écrit à une parente :

« Les joies spirituelles sont les seules véritables et les seules nécessaires parce qu’elles nous rapprochent de Dieu. Ce sont ces joies que nous goûtons particulièrement au séminaire, et personne de nous, je crois, ne songe à s’en plaindre. Beaucoup nous plaignent en nous voyant passer et se disent : « Les pauvres garçons ! ils sont toujours enfermés dans une maison où on leur comprime l’esprit et le cœur. » Ceux-là se trompent, car si nous sommes toujours enfermés, si nous travaillons sans relâche, nous prions beaucoup… Et cela, loin de comprimer le cœur, ne peut que l’agrandir : les affections ne sont jamais plus sincères et plus vivantes que quand elles passent par Dieu.

« Le séminaire, c’est notre vie, à nous ; il est bien doux dans son austérité, Je suis heureux. »

Mais, à vingt ans, il faut un effort incessant pour suivre strictement un règlement comme celui du séminaire.

De cinq heures du matin à neuf heures du soir, pendant une durée de quatre ou six années, chaque minute, à part quelques courtes récréations, est consacrée au travail ou à la prière.