—Vous avez apporté vos papiers? demanda-t-elle.

—Oui, princesse.

—Eh bien, asseyez-vous donc, et montrez-les-moi.

Avec un geste qui exprimait à la fois son sentiment de l'honneur qui lui était fait et une certaine aisance familière, Féodor Stepline prit la chaise qu'on lui désignait et tira d'une volumineuse serviette une liasse de papiers que la princesse examina minutieusement un à un, tout en ayant soin de reporter les chiffres qu'ils représentaient sur un carnet à part. Quant la liasse fut complètement dépouillée, Nadia fit l'addition des chiffres qu'elle avait notés, et la vérifia à plusieurs reprises.

Pendant qu'elle opérait ce travail, les yeux du jeune homme l'observaient attentivement, avec des expressions parfois très-diverses. Tantôt ils s'arrêtaient avec admiration sur les lourdes tresses, sur le cou blanc, incliné vers le papier, sur les doigts effilés, chargés de bagues étincelantes; puis ils se reportaient sur les sommes inscrites sur le carnet, et brillaient alors d'un éclat sombre et presque méchant. Lorsque Nadia eut fini ses calculs, elle releva la tête et tourna son visage vers Stepline.

—Total: trente-sept mille six cents roubles? dit-elle.

—Exactement, princesse, répondit Féodor en reprenant un air officiel. Les voici.

Il tira du portefeuille plusieurs paquets de billets de banque et les passa un à un à la jeune fille, qui les vérifia soigneusement, en les mettant de côté à mesure dans un tiroir. Lorsque le dernier eut été rejoindre les autres, elle ferma le tiroir, mit la clef dans sa poche, tourna un peu son fauteuil vers Stepline, et lui dit avec grande douceur:

—Maintenant, parlez-moi un peu de votre village.

Féodor Stepline prit aussitôt un air grave.