—Alors vous les avez recueillis? fit Nadia en souriant.
—Non pas! Je suis d'avis qu'il faut laisser à chacun son initiative. Lorsqu'un enfant a été jeté à l'eau, et qu'il sait déjà nager tant bien que mal, on ne saurait lui rendre de plus mauvais service que de le repêcher et de le mettre à sec sur un rivage où il n'a rien à attendre de personne. J'ai trouvé une brave femme qui sert de chaperon à la petite, et qui mange là ses petites rentes, plus agréablement que si elle les mangeait toute seule; elle vit avec eux; le frère va au gymnase, travaille comme un enragé, et se destine à la médecine; lui, naturellement, coûte quelque peu et ne gagne rien. La sœur a gardé plus de la moitié des leçons de sa mère; que voulez-vous, cette petite, on a eu pitié d'elle! Et malgré ses robes demi-longues, ses élèves en font grand cas.
—Comment se fait-il qu'elle joue ici pour faire danser? demanda Nadia qui regardait avec intérêt les deux orphelins.
—Je lui ai rendu quelques services,—du moins je n'ai pu m'en cacher assez pour qu'elle l'ignorât, et elle m'a demandé comme une faveur de faire danser chez moi toutes les fois que j'aurais du monde. C'est sa façon à elle de payer la dette de la reconnaissance. Ces enfants-là ont des manières et un cœur qui font honneur à leur malheureuse mère.
La contre-danse était finie, les danseurs s'éparpillaient; la fillette prit son petit mouchoir, le passa sur son visage, le remit dans sa poche, et sourit à son frère avec une expression de tendresse si extraordinaire que Nadia vint auprès d'elle pour lui parler.
—Cela ne vous ennuie pas, mademoiselle, de faire danser les autres, sans danser vous-même? lui demanda-t-elle.
La jeune fille leva les yeux sur cette dame inconnue, et rassurée par le sourire, elle répondit avec une tranquille fierté:
—Oh! non, madame; cela me fait plaisir, au contraire.
—Cela ne vous fatigue pas?
—Quelquefois, à la fin de la soirée, mais pas ce soir; je n'ai pas joué du piano cette après-midi, exprès.