Nadia la regarda plus longuement, puis examina aussi le jeune garçon: ils supportaient ce regard sans fausse honte, sans embarras, comme des enfants modestes et bien élevés, avec une nuance de réserve en plus, ainsi qu'il arrive à ceux qui se trouvent sur un pied d'infériorité là où ils savent qu'ils sont les égaux de tout le monde.
—Si je vous faisais danser, dit tout à coup madame Korzof, cela vous ferait-il plaisir?
Les yeux du petit garçon pétillèrent de joie, et il regarda sa sœur, mais ne dit rien. La jeune fille remercia et refusa, avec un sourire très-franc qui illumina son visage.
—Et votre frère, pourquoi ne danse-t-il pas?
—Parce que ma sœur ne peut pas danser.
—Eh bien, faites ensemble un tour de valse, dit Nadia en ôtant ses gants et en se mettant au piano. Allez, cela vous dégourdira les jambes. N'est-ce pas, ma tante? fit-elle à la comtesse qui s'approchait.
Celle-ci ayant approuvé de la tête, le jeune couple partit au milieu du brouhaha des autres petits danseurs; ils dansaient à merveille, avec une grâce juvénile qui faisait plaisir à voir. Lorsque Nadia cessa de jouer, ils revinrent vers elle; ils la remercièrent avec beaucoup de dignité et une effusion contenue qui toucha madame Korzof; elle se pencha vers la jeune fille pour lui parler bas.
—Voulez-vous venir me voir, mademoiselle? Mademoiselle...
—Marthe Drévine, répondit la jeune fille à l'interrogation des yeux de Nadia.
—Mademoiselle Marthe, reprit celle-ci, voulez-vous venir me voir? J'ai une petite fille qui a bien envie de commencer le piano; je suis sûre qu'elle serait enchantée de vous avoir pour professeur.