—Je le connais, répondit laconiquement le jeune homme.
—Est-ce un homme qu'on puisse recevoir?
—Si vous me demandez mon humble avis, reprit Volodia, je pense que vous pouvez l'admettre dans votre maison sans plus d'inconvénients qu'un autre.
Nadia sembla sortir de son engourdissement habituel.
—Que voulez-vous dire par là? fit-elle.
—Simplement que M. Stepline partage avec beaucoup d'autres jeunes gens l'inconvénient de n'avoir qu'une demi-éducation, de ne pas être un homme du monde, en un mot. Il sort du peuple, et vous connaissez ces jeunes gens sortis du peuple; moralement ils peuvent avoir beaucoup de mérite, mais leur société n'est pas toujours de nature à plaire à des êtres plus raffinés...
—Oh! vous, fit Nadia avec un sourire maternel, vous avez beau faire, Volodia, vous resterez toujours un aristocrate! Eh bien, Pierre, tu peux nous amener ton ami; mais sois prudent, n'est-ce pas? Tu sais avec quelle circonspection il faut former dans la jeunesse des liaisons que l'on peut ensuite traîner comme un boulet toute sa vie!
La petite société se sépara, et chacun rentra chez soi.
Nadia lisait, seule dans sa chambre, lorsqu'elle entendit frapper. Pensant que c'était sa femme de chambre, venue pour réparer quelque oubli, elle dit d'entrer. À sa grande surprise, ce fut Marthe qui se présenta.
—Que voulez-vous, mon enfant? dit madame Korzof avec sa bonté habituelle.