—Je suis venue vous demander un moment d'entretien, répondit la jeune fille. Je ne vous dérange pas?

—Non, sans doute, puisque vous avez besoin de moi, répliqua Nadia, un peu surprise.

Marthe s'assit près d'elle sur un siège bas, et la regarda avec cette expression de ferme confiance qui donnait tant de charme à ce visage honnête.

—Une confidence? fit madame Korzof pour l'encourager.

—Non, ma bienfaitrice, répondit la jeune fille. Oh! si vous saviez combien ce que j'ai à vous dire est difficile et pénible! Si je ne parviens pas à me faire comprendre, vous allez me détester me chasser de votre présence,—et pourtant, je vous affirme que c'est l'affection la plus pure, le respect le plus sincère qui m'amènent ici...

—Qu'y a-t-il donc? demanda Nadia en fronçant légèrement les sourcils.

—Sophie a du chagrin, fit bravement Marthe sautant à pieds joints au beau milieu de la difficulté. Sophie se figure que vous ne l'aimez plus. Son caractère change, et je n'ai pas assez d'empire sur elle pour la diriger comme je voudrais.

—Sophie? dit Nadia avec étonnement, je pensais que c'était de vous que vous vouliez me parler?

Il y avait un peu de hauteur dans ce ton, un peu de dédain dans ces paroles; mais Marthe était bien résolue, et rien ne pouvait la décourager.

—C'est de Sophie. Elle croit que vous ne l'aimez plus, répéta courageusement la jeune fille.