Malheureusement, il était très pauvre, ses paroissiens l'étaient également, et ma tante, qui seule eût pu lui venir en aide, ne répondait rien à ses timides insinuations; outre qu'elle était d'un intérêt sordide quand il s'agissait de donner, elle avait la plus mince considération pour le rêve de son prochain.
Enfin, à force d'économiser, le curé se trouva un jour à la tête d'une somme de deux cents francs. Il résolut alors de réaliser son rêve tant bien que mal.
Un matin, je le vis arriver hors d'haleine.
«Ma petite Reine, venez avec moi, s'écria-t-il.
—Où ça, monsieur le curé?
—À l'église, venez vite!
—Mais la messe est dite!
—Oui, oui, mais j'ai quelque chose de charmant à vous montrer.»
Il avait l'air si joyeux, sa bonne figure respirait une telle allégresse, que je ris encore en y songeant et que sa joie est pour moi un des meilleurs souvenirs de ce temps-là.
Il ne marchait pas, il volait, et nous arrivâmes tout courant à l'église. On venait de poser la chaire, et le curé, en extase devant elle, me dit à voix basse: