—Ne médisons pas des philosophes, répondit le curé, ils ont quelquefois du bon.

—Vous êtes plein de bienveillance, monsieur le curé. Pour moi, si j'étais gouvernement, je mettrais les fous dehors et les philosophes à leur place, en ayant soin de ne pas les isoler les uns des autres, de façon qu'ils puissent mieux se dévorer.

—Qu'est-ce que c'est qu'Héraclite? dit ma tante.

—Un imbécile, madame, qui passait son temps à pleurnicher. Était-ce ridicule, mon Dieu! et l'avoir fait passer pour cela à la postérité!

—Peut-être, insinuai-je, vivait-il avec plusieurs tantes; ça lui avait aigri le caractère.

M. de Conprat me regarda d'un air étonné et partit d'un grand éclat de rire. Le curé me fit les gros yeux, mais ma tante, aux prises avec le dindon, qu'elle découpait avec art, je dois l'avouer, n'avait pas entendu.

«L'histoire passe ce fait sous silence, ma cousine.

—Dans tous les cas, repris-je, gardez-vous d'attaquer les hommes antiques; M. le curé vous arracherait les yeux.

—Ah! les gredins, m'ont-ils fait enrager! Je n'ai gardé d'eux qu'un souvenir: celui des pensums qu'ils m'ont valus.

—Permettez, dit le curé, qui fit un effort pour ramener sur l'eau ses amis, en train de se noyer complètement dans mon opinion, permettez! vous ne pouvez pas nier certaines belles vertus, certains actes héroïques qui...