— Ma chère enfant, ma Suzanne, lui dit sa tante en la prenant par le bras, tu as l’air contrarié, mais c’est une distraction de ton père. Tu sais que le samedi on met toujours le pot-au-feu, et il a oublié qu’après une journée fatigante tu avais besoin de mieux dîner. Viens avec moi, j’ai gardé le reste de ces petits gâteaux que tu avais trouvés excellents il y a trois semaines.
— Contrariée parce que j’ai mal dîné ! répondit Suzanne en riant. Ma chère tante, pour quelle enfant me prenez-vous ? Mais je veux bien manger de ces frais petits gâteaux, et, en même temps, je dirai bonjour à Fanchette.
Fanchette bêchait avec ardeur quand Suzanne s’approcha d’elle.
— Quel air de défiance en m’examinant ! lui dit la jeune fille en riant.
— Ah ! mademoiselle, le diable est si fin que j’ai toujours un peu peur pour vous.
— Peur de quoi ?
— Suffit… je m’entends ! répondit Fanchette en plantant vigoureusement sa bêche dans la terre.
— Est-ce que tu parles en énigme maintenant, de peur de commettre des péchés ?
— Voyez-vous, mademoiselle, heureusement que vous vous mariez, car vous avez une figure et une taille à la perdition de votre âme.
— Eh bien ! tu es gracieuse pour mon âme ! répondit la jeune fille en riant. Mariée ou non, je ne crois pas qu’elle se perde si facilement.