— Mais tu sais comme il est occupé… Il fait bâtir un hospice pour ses ouvriers malades, une école pour les enfants, je ne sais quoi encore. Tout le monde en parle… mais il a toujours fait parler de lui d’une façon ou d’une autre ! il a de si singulières idées !

— En tout cas, ce n’est pas une singulière idée de faire du bien, ma tante, répondit vivement Suzanne.

M. Jeuffroy opérait un calcul rapide sur ses doigts.

— Il va dépenser plus de 130,000 francs, dit-il en haussant les épaules. Et je ne compte pas naturellement le prix que lui demandera par an l’entretien. J’ai beau me creuser la tête, je ne vois pas quel intérêt il peut y avoir pour lui à faire des dépenses aussi extravagantes.

— Quel intérêt ! s’écria Suzanne en prenant feu, mais il ne s’agit pas d’intérêt pour lui, mon père ! Il a toujours été généreux et le prouve, voilà tout ! Que ferait-il de sa fortune s’il ne suivait pas la pente de sa générosité ? Il a mille fois raison, et je suis sûre que M. Varedde serait de mon avis.

M. Jeuffroy ouvrit largement ses petits yeux, mais, avant qu’il eût riposté, Mlle Constance répondit :

— On sait bien qu’il veut être député, et qu’il fait de la populacerie pour arriver à son but.

— De la populacerie ! répéta Suzanne, blessée par l’expression. Ce n’est pas dans son caractère, et je ne crois pas qu’il songe à la députation. Sa difformité l’a toujours éloigné du monde, et je sais qu’il déteste se produire en public.

— Eh bien, il aura changé d’avis, répondit M. Jeuffroy en se levant, car on ne dépense pas tant d’argent pour rien.

Suzanne, étonnée, ne répondit pas et sortit dans le jardin, en songeant avec un soupir de soulagement que le lendemain, son fiancé, à qui elle donnait ses propres qualités, passerait la journée avec elle.