— Qu’est-ce que tu attends ? dit-il à Suzanne qui, après avoir pris un petit morceau de bœuf bouilli, ne mangeait plus et pensait à autre chose.

— Mais… le dîner, père, répondit-elle avec un peu de malice. Parce que M. Varedde n’est pas là, je ne sais pourquoi la cuisinière a eu la singulière idée de…

— Elle a bien fait ! interrompit brusquement M. Jeuffroy. C’est précisément parce que je suis obligé de recevoir souvent ton fiancé qu’il faut faire des économies pendant que nous sommes seuls.

— Eh bien, mon cher père, répondit Suzanne gaiement, si je ne m’étais pas mariée, vous m’auriez donné votre maison à conduire, et vous auriez vu que je m’entendrais à faire beaucoup avec peu.

— Je ne t’aurais rien donné du tout ! répliqua M. Jeuffroy avec vivacité. Pour que mes dépenses fussent quatre fois plus fortes qu’il n’est nécessaire… par exemple ! Et tu comprends qu’à mon âge je n’aurais pas changé pour toi ma manière de vivre.

— Mais, mon père, je ne l’aurais pas demandé, répondit Suzanne vivement. Je parlais… pour parler et sans réfléchir.

Décontenancée, elle mangea sans mot dire quelques amandes pendant que sa tante, désolée en remarquant l’assombrissement de son charmant visage et la croyant contrariée parce qu’elle avait mal dîné, passait mentalement en revue, avec l’intention de les lui offrir, les vieilles friandises qu’elle conservait indéfiniment dans une armoire.

— C’est vraiment surprenant, dit Suzanne en relevant la tête tout à coup, que Marc n’ait pas encore daigné me féliciter de vive voix de mon mariage.

— Il a été absent, ma chère enfant, répondit Mlle Constance.

— Oui, mais il est de retour. Mme de Preymont est venue m’embrasser, et il aurait bien pu en faire autant en sa qualité de cousin.