— Avec la grâce du bon Dieu, on peut toujours éviter la vanité ! répliqua Fanchette brusquement. Mais voici une visite pour vous, mademoiselle, et c’est quelqu’un que sa beauté ne rendra pas orgueilleux.

Suzanne se retourna et jeta une exclamation de plaisir ; elle tendit les deux mains au visiteur en s’écriant :

— Mon cher Marc, enfin !… Vous mériteriez être accablé de reproches, mais je suis si contente de vous voir que je ne songe plus à vous dire des choses désagréables.

L’homme qu’elle accueillait avec cette familiarité était petit et contrefait, mais son visage sympathique n’avait ni longueur exagérée ni aspect maladif. Complètement rasé, il avait des traits accentués et des yeux noirs dont l’expression intelligente était remarquable, tandis que sa bouche avait cette courbe sévère qui indique la lutte et aussi la souffrance. Cousin éloigné de la mère de Suzanne, il avait, malgré son antipathie secrète pour M. Jeuffroy, entretenu avec lui des relations de parenté et d’intimité.

— Il m’a été impossible de venir plus tôt, ma chère cousine, j’ai dû me contenter de vous écrire. Vous avez su que je m’étais absenté, et j’ai été ensuite complètement débordé par mes occupations. Mais quelle belle mine vous avez ! Les joies de fiancée vous vont bien, cousine.

— Eh bien, je ne puis pas vous faire le même compliment, répondit Suzanne en le regardant avec intérêt. Quel air fatigué, mon pauvre Marc !

— J’ai trop travaillé depuis quelque temps, et je viens de subir une crise industrielle qui m’a vivement inquiété. Maintenant c’est fini, et je vais me reposer.

— Oui, reposez-vous, lui dit-elle affectueusement, je serais désolée de vous voir malade.

Le visage de M. de Preymont se colora, et il répondit légèrement :

— Rassurez-vous… j’ai la force de supporter un peu trop de travail.