— Maintenant que votre filature va si bien, Marc, je ne m’explique pas pourquoi vous vous donnez tant de mal. C’est ce que M. Varedde et moi, nous disions hier.

— C’est bien bon à vous, répondit M. de Preymont avec un peu d’ironie, mais le travail m’est aussi nécessaire que l’air qui fait respirer.

— Savez-vous qu’on prétend que vous visez à la popularité pour arriver à la députation ? J’ai répondu que je n’en croyais rien.

— Et vous avez raison… je ne vise à rien si ce n’est à m’occuper. Mais, continua-t-il avec une tranquillité dédaigneuse, je sais qu’on cherche des motifs cachés derrière tous mes actes, et que je suis passé au crible d’un jugement qu’il est inutile de qualifier.

— Oh ! je sais que vous êtes un indépendant, Marc, et je vous en félicite, répondit la jeune fille avec chaleur.

— Voilà une bonne parole qui me donne une haute opinion de votre jugement, répondit M. de Preymont d’un ton moitié ironique, moitié sérieux. Mais je ne vous accorde pas trois mois pour le modifier.

— Vous êtes aimable ! s’écria Suzanne avec dépit. Est-ce que moi aussi, je ne puis pas être une indépendante ?

— Attendez de connaître le monde pour vous prononcer.

— Et vous, attendez de me connaître avant de me juger !

La connaître ! Si elle avait pu lire dans sa pensée, elle s’y serait vue reflétée comme dans un miroir qui la rendait aussi séduisante par ses défauts que par ses qualités. Il détourna les yeux, sentant qu’il n’était pas maître de son expression, et, après un léger silence, répondit d’un ton affectueux :