— Voici que nous nous battons déjà comme de vieux amis qui en ont tout le droit. Vous vous mariez, Suzanne, et il me semble qu’hier encore je jouais avec vous et que vous veniez bouleverser le salon de ma mère.

— Ce n’est pas cela qui vous donne le droit de me connaître, répondit-elle en riant. J’ai changé, vous comprenez ! Mais vous ne me parlez pas de M. Varedde, Marc, pourquoi ?

— Je vous assure que c’était sans intention, répondit M. de Preymont en souriant. Je ne suis pas un grand complimenteur, Suzanne, et tout ce que je puis vous dire, c’est que si je croyais votre choix mauvais, il y a longtemps que mon amitié serait intervenue pour vous détourner de ce mariage.

— Ah ! vous me faites plaisir, grand plaisir ! répondit Suzanne, dont le beau visage avait rougi de satisfaction. Je tiens à votre appréciation ; vous m’inspirez tant de confiance et d’amitié, mon cher Marc ! ajouta-t-elle avec élan.

— Confiance et amitié… oui, c’est la devise entre nous, répliqua-t-il d’un ton qui frappa désagréablement la jeune fille. Je suis né confident, comme d’autres naissent… poètes ou maçons ! Adieu ; vous ne me reverrez qu’après-demain, à la signature du contrat et à la mairie.

Il se dirigea rapidement vers le parc de M. Jeuffroy qui communiquait, par une grille, au jardin de Mlle Constance, et continua, voyant qu’elle le suivait :

— Vous ne serez pas restée longtemps à l’ombre de vos vieux pignons, ma chère Suzanne.

— C’est vrai… mais ne marchez donc pas si vite, Marc, qu’est-ce qui vous presse ?

— Je vous l’avais bien prédit, reprit M. de Preymont sans répondre. Lorsque l’année dernière vous m’avez parlé des assaillants repoussés, je vous ai dit : Très bien ! mais un beau jour, et jour prochain, Psyché n’allumera pas sa lampe et s’embarquera joyeuse sur la vie. Vous vous êtes récriée en jurant que vous vouliez jouir de votre vie de jeune fille : vous voyez que j’avais raison.

— Excepté sur un point, répliqua Suzanne en souriant, car je ne suis pas Psyché : ma lampe est allumée, et ce qu’elle éclaire me plaît.