Un imperceptible et fin sourire effleura les lèvres de de Preymont. Mais il répondit :
— Tant mieux ! car s’il est un ami qui désire votre bonheur, c’est moi.
Ces mots furent prononcés avec un accent si chaleureux que Suzanne, dans son émotion, ne trouva rien à répondre.
— Ah ! voici votre tante… je me sauve décidément. Faites-lui mes excuses, mais je n’ai plus le temps de causer.
Mlle Constance accourait en effet vers eux, une assiette de gâteaux à la main, pendant que Fanchette, un pied sur sa bêche, le menton posé sur ses mains qu’elle tenait appuyées sur le manche de son outil, les contemplait de loin avec l’attention d’une sibylle rustique qui creuse les plus profonds mystères de la vie.
Preymont prit la main de Mlle Jeuffroy qu’il retint un instant dans les siennes, et lui dit d’une voix émue :
— Au revoir, petite Suzanne… laissez-moi vous donner aujourd’hui encore cette appellation familière ; ce n’est pas la première fois, mais c’est sans doute la dernière.
— Ah ! pourquoi ? murmura la jeune fille les yeux humides.
— Ah ! pourquoi l’enfant devient-elle femme ? répondit-il en riant.
Il s’éloigna après avoir jeté un long regard autour de lui, comme s’il voulait emporter le dernier souvenir d’une image aimée prête à s’effacer.