— Vos actions, monsieur, ne me regardent pas ; je me reproche déjà d’avoir écouté votre déclaration quand les circonstances vous interdisaient de parler. Veuillez vous retirer.
— Ah ! pourquoi suis-je arrivé trop tard ! s’écria Saverne.
— Trop tard ! releva Suzanne, tremblant qu’il n’emportât un doute sur ses sentiments. Le mot est au moins impertinent.
— Impertinent, insolent, tout ce que vous voudrez ! répliqua Didier. Mais je sais bien qu’un homme qui n’est ni caduc, ni imbécile, ni méchant, pouvait vous plaire. Sans cette diable de fatalité qui… Et vous l’aimez, lui ? dit-il avec un sourire incrédule.
— La question est offensante, monsieur, répondit-elle les yeux brillants de colère.
Elle voulut s’éloigner, mais Saverne, pris d’un accès de désespoir et de passion, sans se soucier de la froisser, sans s’occuper de sa fierté ombrageuse, lui saisit les mains et reprit d’un ton passionné :
— Traitez-moi comme vous le voudrez, dites que je joue un rôle misérable, mais il ne sera pas dit que je ne vous aurai pas exprimé, comme je veux le faire, l’amour que j’ai pour vous. La première fois que je vous ai vue, je vous ai aimée, et, depuis cet instant, vous n’êtes pas sortie de mon cœur. Si vous saviez ce que vous êtes ! vous êtes la beauté qui ravit les yeux, la femme qui est la joie, l’honneur d’un foyer. Vous êtes… celle que j’aime enfin !
Après avoir vainement essayé de l’interrompre et de fuir, elle parvint à se dégager, pâle de ressentiment et d’une émotion que, malheureusement pour sa tranquillité, elle devait analyser plus tard.
— Avec qui vous croyez-vous donc ? s’écria-t-elle. Je vous défends, entendez-vous ? je vous défends de remettre jamais les pieds ici.
Didier, tout confus de son entraînement, fixait cependant sur elle son regard hardi rempli d’admiration.