— Rien ne vous donne le droit de me parler ainsi, monsieur. Je suis fiancée à votre ami, M. de Preymont.

— Ah ! c’est Preymont !… ah ! sacrédié !!…

L’étourdissement du premier moment avait disparu, et il voyait devant lui un malheur auquel il n’avait même pas pensé.

Sa grande taille légèrement inclinée, les traits altérés par une souffrance réelle, il contemplait silencieusement la jeune fille à laquelle il n’avait jamais paru plus séduisant. Elle vit ses yeux s’emplir de larmes et ses lèvres trembler comme celles d’un enfant qui retient ses sanglots.

Elle détourna son regard et, pour calmer sa propre émotion, voulut songer à la déloyauté dont il lui avait donné la preuve, mais elle ne put ressusciter sa colère.

— Vous n’aviez donc pas vu que je vous aimais ? dit-il d’une voix entrecoupée et sans penser à la fatuité naïve de sa question. En vous quittant, je croyais cependant vous avoir prouvé ce que je ne pouvais encore avouer ouvertement.

— Je sais, répondit Suzanne froidement, que vous m’avez fait une cour déloyale, c’est le seul souvenir que j’aie gardé de nos relations.

— Vous savez ?… comment, vous savez ! Ah ! on vous a instruite de certaine particularité… Écoutez, continua Saverne de ce ton de franchise qui lui attirait toujours la sympathie, ne me jugez pas, je vous en conjure ! J’ai eu des torts, sans doute ; je ne suis pas un saint, oh ! Dieu, non ! mais, mademoiselle, laissez-moi vous le dire : vous connaissez si peu la vie et les hommes que votre jugement risque de s’égarer, car il passe toujours à travers votre adorable nature.

Suzanne n’avait pas besoin pour pardonner de sollicitations bien pressantes ; mais, au milieu de l’étrange désolation qui s’emparait d’elle, le souci de sa dignité et de celle de Preymont dominait tous ses sentiments.

Elle répondit avec un peu de hauteur :