— C’est vraiment aimable à vous d’être entré ici en passant, répondit Suzanne que le regard de Didier troublait jusqu’au fond de l’âme. Venez voir mon père.

— Pour Dieu, que voulez-vous que j’en fasse ? s’écria Saverne.

Il jeta son chapeau loin de lui, prit la main de la jeune fille et dit avec cette maladresse émue qui a près d’une femme une éloquence plus persuasive que des mots expressifs :

— Je suis si content, si content !… Je désirais tant… mais je ne sais pas comment m’exprimer ! L’atroce année que j’ai passée là !… et impossible de vous dire que je vous aimais comme un fou !…

Suzanne avait inutilement cherché à retirer sa main, mais, aux derniers mots, elle l’arracha vivement :

— Taisez-vous !… je suis fiancée.

— Fiancée !…

Le mot l’étourdit au point qu’il n’en comprit pas tout le sens.

— Fiancée ! répéta-t-il d’un air stupéfait. A qui, à quoi ? Fiancée par votre père, à quelque gredin de mollusque qui vous rendra malheureuse et vous enfouira dans un trou abominable !… Allons donc ! c’est impossible !…

Suzanne, les yeux dilatés par une secrète angoisse, répondit posément :