— Et tu le regrettes pour mari… Alors tu vas rompre avec M. de Preymont ? s’écria Mlle Constance qui, dans son aversion pour le projet arrêté, eût prêté les deux mains au mariage de sa nièce avec Saverne.

— Rompre !… répéta Suzanne d’une voix indistincte.

Un instant, ce mot fit battre son cœur d’une joie extraordinaire.

— Oui, rompre ! répéta Mlle Constance avec énergie. Veux-tu que j’aille trouver tout de suite Mme de Preymont ? Ton cousin se consolera et en épousera une autre, et toi, ma chère nièce, ma chérie, je te verrai faire un mariage qui, sans me plaire complètement, aura du moins…

Mais elle fut interrompue par une exclamation indignée de Suzanne que les paroles de Mlle Constance avaient replacée en face de la réalité :

— Y pensez-vous ? et ma parole, et la foi jurée, ma tante ?

— Ta, ta, ta, la foi jurée !… c’est un mot, ma chère enfant, surtout quand il s’agit de ton avenir. Laisse-moi faire, continua-t-elle, je vais arranger les choses. Ce sera facile avec M. de Preymont ; avec ton père nous aurons plus de mal, mais nous arriverons.

Suzanne, maintenant de sang-froid, l’écoutait avec indignation.

— Pourquoi me donnez-vous un pareil conseil ? s’écria-t-elle. Je ferais là une action lâche et déloyale ! Abandonner Marc, quand c’est moi-même… Tenez, à mes yeux, ce serait déshonorant !… J’ai été émotionnée, il est vrai, trop émotionnée par la scène que M. Saverne m’a faite, mais c’est tout.

— Cependant tu pleurais, mon enfant ? dit Mlle Constance déconcertée.