Trois jours plus tard, Preymont, impatient de revenir en Anjou, quitta Paris par un train de nuit et descendit le matin à Saumur, où il devait régler quelques affaires. Puis, séduit par la matinée ravissante, il prit à pied la route de Saint-C…
Il marchait joyeusement, le cœur léger et l’esprit dispos, savourant les impressions fortes que le charme puissant et pénétrant de la nature donnait à sa pensée libre.
La campagne, très estompée dans ses lointains, était voilée dans les plans les plus rapprochés d’une vapeur aussi légère qu’un tulle de soie tissé par un génie merveilleux. Sur les herbes, les buissons, un peu partout, des toiles d’araignée étaient tendues et des gouttes scintillantes de rosée reposaient sur leur fin tissu. Des fils de la Vierge volaient lentement dans l’air si calme que des trembles, près desquels passait Preymont, ne chuchotaient même pas leur hymne habituel.
Il suivit un sentier, tout au bord de l’eau, passant entre des saules trapus et creux dont la vieille écorce laissait encore échapper des jets vivaces. De grandes fleurs mauves, aux tons doux et pâlis de l’arrière-saison, envoyaient, avant de s’effeuiller, un dernier sourire à la lumière, et, en foulant les mousses fraîches remplies de tant de vies imperceptibles, il songeait :
« Vous ne m’attristez plus, vous tous qui vivez libres et heureux dans votre inconscience. Vieux amis, témoins discrets auxquels l’homme a confié si souvent ses rêves et ses tristesses… Bientôt je viendrai avec elle vous dire que je prends part avec vous au grand banquet divin. »
En arrivant chez lui, il demanda à un domestique si Mme de Preymont était sortie.
— Non, monsieur ; madame est dans le salon, où j’ai porté le courrier il y a une demi-heure.
Preymont fit le tour de la maison et s’arrêta pour admirer des asters variés qui s’étaient épanouis pendant son absence.
« Aujourd’hui, se dit-il, je lui enverrai un buisson de ces petites étoiles qu’elle aime. »
Une des portes-fenêtres du salon, largement ouverte sur le perron dont les rampes étaient recouvertes de capucines grimpantes, laissait pénétrer dans l’appartement l’air encore très chaud de l’automne. Des mouches bourdonnaient comme au printemps, tout avait l’aspect séduisant de la beauté souriante et de la vie heureuse.