« Pourquoi n’entre-t-elle pas aujourd’hui dans sa nouvelle demeure ? pensa-t-il. Les choses elles-mêmes lui feraient un accueil féerique. »
Il monta tranquillement les degrés du perron et, à sa profonde surprise, aperçut sa mère qui pleurait, le visage caché dans ses mains.
« Suzanne ! il lui est arrivé un accident… »
Il entra vivement ; en l’apercevant, Mme de Preymont eut un air effrayé qui acheva de confondre son fils. Instinctivement, elle fit un mouvement rapide pour cacher des lettres qui, ayant glissé de ses genoux sur le tapis, avaient frappé les yeux de Marc quand il était entré. Mais, avant qu’elle ait pu l’en empêcher, il s’était baissé machinalement et les avait ramassées.
— Ne lis pas ! c’est pour moi ! s’écria-t-elle.
Mais il était trop tard, car Preymont avait reconnu l’écriture de Suzanne. Il écarta doucement sa mère :
— Laissez, dit-il, je dois savoir tout ce qui la concerne.
Les premières pages qui tombèrent sous ses yeux furent une lettre de la supérieure qui écrivait à Mme de Preymont.
« Madame, disait la religieuse, j’ai longtemps hésité à vous écrire, et pourtant je suivais pas à pas la marche des sentiments d’une enfant dont le bonheur m’est trop cher pour que j’hésite plus longtemps. J’avais d’abord songé à vous expliquer moi-même la situation, sans vous imposer la douleur de lire les lettres de ma pauvre Suzanne, mais j’ai pensé que vous croiriez difficilement à ma clairvoyance, et j’ai le courage, que vous allez trouver bien cruel, de vous envoyer toutes les confidences de Mlle Jeuffroy. Dans sa naïve inexpérience, dirigée par un mobile généreux, elle s’est trompée sur elle-même ; je laisse à votre jugement, Madame, le soin de décider si une rupture ne sera pas moins douloureuse pour monsieur votre fils que le malheur d’épouser une femme qui ne l’aime pas et qui, je le crains, a donné inconsciemment toute sa sympathie à un autre. Votre tendresse saura du moins amortir le choc que les circonstances, malheureusement, ne me permettent pas d’adoucir pour vous. »
La dernière lettre de Suzanne, écrite sans ordre, à la hâte, était l’explosion de son âme bouleversée :