— Donne-moi cette lettre, dit Mme de Preymont en cherchant à la lui prendre.

— Croyez-vous donc, répondit-il avec emportement, qu’elle n’est pas pour toujours gravée dans ma mémoire ? Laissez-la-moi… j’en aurai peut-être besoin.

Il alla s’asseoir à l’extrémité du salon et, pendant des heures, ne desserra pas les lèvres. De temps en temps il se levait pour marcher fébrilement, puis, revenant se jeter sur sa chaise, il regardait vaguement devant lui. Inquiète de son mutisme, sa mère essaya de le faire parler, mais il agita la main avec impatience et ne répondit pas.

Ses sourcils contractés, l’altération de ses traits, disaient dans quelle lutte il se débattait. Mme de Preymont, qui avait repris assez possession d’elle-même pour voir nettement la marche à suivre, attendait avec anxiété qu’il abordât le terrain brûlant.

— Je vais aller la trouver ! dit-il enfin d’une voix brève.

Inquiète, elle répondit vivement :

— C’est moi qui dois faire la démarche ; c’est moi qui dois lui dire qu’elle est libre.

Mais elle s’était trompée sur les sentiments qui agitaient son fils, car, au mot de libre, il s’écria avec colère :

— Libre ! de quelle liberté parlez-vous ? Elle est à moi ! Elle-même le dit : elle ne reviendra pas sur la parole donnée, et moi, je ne la lui rendrai jamais, jamais !

— La passion t’égare, répondit Mme de Preymont doucement, mais avec la fermeté qu’elle avait toujours en face d’un devoir nécessaire. Tu dois lui rendre sa parole.