Mais tout à coup il remonta en courant au manoir, et à la porte du parc il rencontra M. Jeuffroy.
— Quelle singulière figure, Preymont ! Est-ce que vous êtes malade ?
— Ce n’est rien… Où est Suzanne ? J’ai besoin de lui parler, de la voir seule.
— En partant, je l’ai aperçue assise à la fenêtre du salon… Qu’avez-vous, mon cher ? Vous avez l’air… Mais j’y pense, s’écria-t-il avec effroi, vous étiez à Paris pour affaires, est-ce que vous êtes ruiné ?
— Pis que cela ! répondit Preymont qui passa rapidement devant lui et s’élança dans les jardins.
— Pis que cela ! répéta M. Jeuffroy. Il est bon !… Pourquoi tient-il tant à être seul avec ma fille ? Parbleu ! quelque querelle d’amoureux ! son air et sa grande phrase le prouvent.
Les quelques mots échangés avec M. Jeuffroy avaient fait du bien à Preymont en rompant le charme qui, paralysant sa pensée, le tenait en quelque sorte éloigné du moment présent.
La lettre de Suzanne à la main, il entra avec calme dans le salon où la jeune fille était assise d’un air abattu. L’attention de Preymont étant maintenant éveillée, il vit combien elle avait maigri depuis le jour où ils s’étaient fiancés, et que son visage portait les signes d’une extrême lassitude morale. Mais cette remarque et la tristesse de Suzanne ne firent que l’exaspérer.
Il s’avança vers elle, la regarda un instant sans parler et, brusquement, lui mit la lettre dans la main.
Elle se leva lentement en le regardant d’un air éperdu.