— Comment !… balbutia-t-elle.
— Envoyée à ma mère, répondit-il laconiquement.
Suzanne crut pendant un moment qu’elle allait s’évanouir. Tous les objets tournaient autour d’elle, et, pour ne pas tomber, elle s’appuya lourdement au dossier d’une chaise.
— Quel affreux abus de confiance ! murmura-t-elle avec consternation.
— Abus de confiance ! répéta-t-il d’un ton acerbe. A quoi pensez-vous ? Cette femme ne veut pas que vous soyez malheureuse en épousant l’homme à qui vous avez promis tant d’affection… Elle est logique.
L’expression de Preymont épouvanta Suzanne, qui, remise de son étourdissement, mais n’osant parler, attendit avec une angoisse indicible ce qu’il allait dire.
Il était debout, en face d’elle, respirant difficilement et cherchant des mots pour s’exprimer.
— Cette lettre… cette lettre odieuse, commença-t-il. Non, ce n’est pas ce que je veux dire… Enfin que s’est-il passé ? que vous a-t-il dit ? je veux le savoir de vous-même.
— Qu’il m’aimait, répondit-elle avec effort et très bas. Mais il ne savait pas d’abord que j’étais fiancée.
— Le bel obstacle pour lui ! s’écria Preymont. Suis-je un enfant pour croire que c’est tout ? Après vous avoir ravie par ces paroles qui vous ont semblé si douces à entendre, il vous aura dit, sans doute, que vous couriez au-devant du malheur, qu’on n’aimait pas un homme comme moi, que ce mariage vous couvrait de ridicule et que votre pitié vous égarait ?